Bulletins

523

Qui doit être représenté par avocat? Gare aux sanctions!

En matière civile, les justiciables non représentés par un avocat sont de plus en plus nombreux devant les tribunaux québécois. Cette possibilité est expressément prévue à l’article 23 du Code de procédure civile (« C.p.c. »), qui permet à toute personne physique d’agir seule devant les tribunaux.

Ce droit connaît toutefois plusieurs exceptions, prévues à l’article 87 C.p.c., qui impose la représentation obligatoire par un avocat dans certaines situations, notamment, pour les plus connues, les personnes morales, les représentants d’actions collectives et les représentants, les mandataires ou les tuteurs de personnes inaptes. La règle s’applique également aux liquidateurs de successions, syndics et autres représentants d’intérêts collectifs. Le non-respect de ces règles peut entraîner la lourde sanction du rejet d’une procédure.

Dans l’affaire Racine c. Savoie, entendue le 10 juillet 2025 par la Cour d’appel, la partie défenderesse a plaidé avec succès l’application rigoureuse de ce principe d’ordre public dans un recours en responsabilité professionnelle.

La particularité de l’affaire tenait au fait que la demanderesse, une avocate de formation, prétendait agir non pas à titre de liquidatrice de la succession de son père — fonction dont elle disait avoir démissionné par acte notarié — mais uniquement à titre d’héritière. Elle soutenait donc que l’obligation d’être représentée par un avocat ne s’appliquait pas à elle.

La Cour d’appel a rejeté cet argument, concluant que le litige portait essentiellement sur des actes posés dans le cadre de la liquidation d’une succession. Elle a confirmé que l’obligation de représentation s’appliquait aussi à elle, malgré son titre d’avocate.

Dans un second jugement connexe rendu le 29 juillet 2025 (délai d’appel non-expiré), la Cour supérieure a par ailleurs déclaré que le recours intenté contre la notaire défenderesse, Me Savoie, était abusif, et ce depuis le 23 novembre 2019. Le tribunal a ordonné :

  • le remboursement complet des honoraires assumés par l’assureur de Me Savoie à compter de cette date;
  • le versement de dommages moraux à la défenderesse;
  • une compensation pour son temps perdu;
  • le remboursement d’une surprime d’assurance responsabilité payée.

Ces décisions rappellent que le défaut de représentation peut entraîner des conséquences sérieuses. Elles démontrent également que la représentation par un avocat joue un rôle important dans la prévention des recours abusifs.

En effet, le devoir de conseil de l’avocat comprend l’obligation d’aviser son client lorsqu’un recours est manifestement voué à l’échec — et d’en expliquer clairement les raisons.

523

Auteurs

Marika Douville

Avocate, associée

Articles dans la même catégorie

La CAI publie son guide sur la prévention des incidents de confidentialité : une feuille de route pratique pour les entreprises opérant au Québec

Le 30 janvier 2026, la Commission d’accès à l’information (« CAI ») a publié de nouvelles orientations visant à renforcer la manière dont les organisations préviennent les incidents de confidentialité impliquant des renseignements personnels. Les incidents de confidentialité figurent parmi les risques les plus importants en matière de protection de la vie privée auxquels font face les organisations […]

Des vices pas si cachés pour un cordonnier mal chaussé

Dans l’arrêt Beaudoin c. Boucher, 2025 QCCA 1646, rendu le 19 décembre dernier, la Cour d’appel confirme le rejet de l’action en vices cachés intentée par des acheteurs d’un immeuble résidentiel. La Cour rappelle l’obligation d’un acheteur d’approfondir les inspections lorsqu’il est confronté à des indices sérieux de déficience, particulièrement si l’acheteur a une compétence […]

Quand l’amour et des contrats de construction finissent par la fenêtre…

Dans Gélinas c. LG Constructions TR inc., un arrêt rendu le 30 octobre 2025, la Cour d’appel commente le régime de responsabilité encadrant la résiliation unilatérale par un entrepreneur de deux contrats de construction. En particulier, elle clarifie l’application de l’article 2129 du Code civil du Québec (« C.c.Q. ») qui prévoit, lorsque applicable, que le […]

Finalement, une fois bien interprétée, la police avait du cœur

Dans une décision récente, Morissette c. BMO Société d’assurance vie, la Cour supérieure revient sur les principes applicables en matière d’interprétation des polices d’assurance. Faits En juin 2003, le Demandeur souscrit à une police d’assurance de personne (ci-après « Police ») auprès de la BMO Société d’assurance vie (ci-après la « BMO »). Cette Police prévoit, notamment, qu’une somme […]

Quand le remède devient le litige : la responsabilité médicale sous la loupe

Dans l’affaire N.L. c. Mathieu, 2025 QCCS 517, la Cour supérieure rejette l’action en responsabilité médicale intentée par une enseignante contre son ancien médecin de famille dans laquelle elle réclamait plus de 1,9 M$ en dommages. La demanderesse reprochait à son médecin de lui avoir prescrit pendant plusieurs années des médicaments de façon inappropriée, sans […]

Le projet de loi 89 et l’avenir des conflits de travail au Québec

Adopté le 29 mai 2025 par l’Assemblée nationale, le projet de loi 89 (la Loi visant à considérer davantage les besoins de la population en cas de grève ou de lock-out, ci-après la « Loi ») entrera en vigueur le 30 novembre 2025. Vigoureusement contestée par les syndicats, la Loi transformera significativement le paysage des relations industrielles […]

Soyez les premiers informés

Abonnez-vous à nos communications